
Malgré l’engouement qu’elle provoque et ses nombreux avantages sur la technique traditionnelle, une des principales difficultés de la photographie numérique est d’obtenir des épreuves papier dignes de ce nom. Certes, ma blonde trouve fort agréable de ne plus avoir à se retenir pour prendre des photos, mais elle déteste le fait que ces dernières résident dans un ordinateur ou sur un CD plutôt que dans un album facile à consulter. Il faut admettre qu’il est, en effet, pas mal moins convivial d’obliger les gens à se rassembler autour d’un écran que de faire circuler les photos à tour de rôle.
Pour ma part, la perspective de me taper l’impression de tout ce qui m’intéresse dans la multitude de photos que nous prenons désormais ne me sourit guère. Il faut d’abord s’assurer d’avoir une imprimante de qualité suffisante pour obtenir des résultats acceptables de manière constante; la peau de grand-maman sur la photo que tout le monde veut avoir gagnerait à ne pas virer au vert ou au rose sur certaines des 12 copies que vous avez à imprimer. Ensuite, pour l’impression maison, on parle d’un inventaire de papier distinct qui s’avère toujours coûteux. Et si, comme moi, vous n’imprimez pas de façon régulière et que vous avez une imprimante à jet d’encre, il arrive parfois que vos cartouches d’encre – qui ne sont pas données non plus – s’obstruent et entraînent ainsi du gaspillage de temps et d’argent.
Afin de trouver une solution satisfaisante à cette question existentielle grave, j’ai décidé en début d’été de procéder à un test comparatif des principaux fournisseurs de services de finition de photos numériques. Mon choix s’est arrêté sur six d’entre eux :
Wal-Mart,
Jean Coutu (Les Pros de la photo),
Future Shop, le
Centre Japonais de la Photo,
Gosselin et, finalement, le service direct de
Kodak.
Trois des finisseurs sélectionnés se spécialisent uniquement en photographie tandis que les autres ajoutent ce service à une offre beaucoup plus étendue de manière à fidéliser leur clientèle et à profiter d’un achalandage déjà existant. Ce second groupe aurait pu être complété par d’autres gros joueurs (ex. : Costco et Loblaws), mais j’ose croire que ce n’eut pas été très significatif.
Dans tous les cas, il fallait que je puisse télécharger mes photos via le site web du fournisseur. Je vous avouerai que je n’ai pas vérifié quelles étaient les autres types de procédures (dépôt ou envoi de CD) puisque, tant qu’à opter pour le numérique, aussi bien profiter de tous ses avantages.
J’ai établi une série de critères que j’ai regroupé en trois catégories : la qualité (couleurs, luminosité, netteté, cadrage), l’aspect pratique (convivialité et rapidité du téléchargement, livraison) et, bien sûr, le prix.
Pour tester les fournisseurs, j’ai sélectionné une dizaine de mes photos dont la nature permettait de juger différents aspects techniques en termes de qualité de finition : tons de peau, justesse des rouges, des bleus et des verts, fins détails, rendu des hautes et des basses lumières, nuances dans le traitement des sujets monochromes ou multicolores, etc.
Voici donc les résultats qui, à certains égards, m’ont passablement surpris alors qu’à d’autres ils n’ont fait que confirmer ce à quoi je m’attendais.
Qualité – couleurs
Au titre du rendu des couleurs, le grand gagnant est, comme on peut s’en douter, Kodak. Pour la moitié des clichés soumis, la différence est à ce point apparente que lors de tests à l’aveugle auprès de nombreux amis – qui maîtrisent ou non la photographie – les images traitées par le géant américain ont été pointées spontanément comme les meilleures des six. Seul bémol, une certaine dominante dans les sujets où le rouge est très présent.
Des résultats forts acceptables ont été fournis par Jean Coutu, Future Shop et Wal-Mart. Finalement, d’importants écarts et des dominantes marquées rendent le travail de Gosselin et du Centre Japonais moins que satisfaisant.
Qualité – luminosité
Kodak remporte également la palme du meilleur contrôle de la luminosité. Cette maîtrise se remarque particulièrement dans les sujets monochromes et là ou de très hautes ou de très basses lumières sont présentes.
Future Shop offre à cet égard des performances forts satisfaisantes alors que Jean Coutu et Gosselin semblent avoir des problèmes avec les hautes lumières.
Pour ce qui est de Wal-Mart, ses résultats sont corrects, tandis que la tendance du Centre Japonais de la Photo à couvrir l’ensemble des images d’un voile grisâtre relègue ce dernier dans la classe inacceptable.
Qualité – netteté
Là encore, c’est Kodak qui fait la loi. Les images très texturées, les motifs complexes, les fins détails et la typographie gagnent en précision chez ce fournisseur. Ceci ajoute à la profondeur et à l’effet de présence qui se dégagent de la photographie.
Future Shop et Wal-Mart ne sont pas loin derrière avec des rendus supérieurs à la moyenne. Jean Coutu, pour sa part, obtient la note correct.
Finalement, Gosselin et le Centre Japonais ont la fâcheuse tendance à rendre les images un peu floues; ce qui est déjà trop...
Qualité – cadrage
La stratégie de Jean Coutu et du Centre Japonais de la Photo à cet égard est la plus valable à mon avis. Plutôt que de présenter des images aux proportions différentes de celles du cliché numérique original, ces deux fournisseurs ont opté pour des épreuves légèrement plus petites (parce que moins large) mais qui conservent la presque totalité de l’image.
Future Shop a opté pour une approche différente. Son site offre la possibilité aux clients de cadrer l’image à leur goût, ce qui permet de minimiser l’impact du changement de proportions d’image.
Kodak et Gosselin, pour leur part, semblent accorder une certaine attention au cadrage puisque, malgré le fait que leurs choix en cette matière soient arbitraires, aucun résultat totalement insatisfaisant n’est ressorti des dix photographies soumises.
De son côté, Wal-Mart se démarque plutôt négativement à ce chapitre; le manque de goût de certains de leur choix frisant l’évidence.
Aspect pratique – téléchargement
La plupart des sites fonctionnent relativement bien. Point à noter toutefois, celui de Future Shop offre plusieurs options de manipulation des images, mais il compense malheureusement l’aspect pratique de ces caractéristiques par une lenteur excessive au téléchargement.
Autre mauvaise note pour le Centre Japonais de la Photo qui fait cavalier seul en obligeant sa clientèle à utiliser un logiciel de gestion du téléchargement. Bien que facile à installer, celui-ci exige une maîtrise technique minimale et, du point de vue informatique, procède d’une logique considérée comme intrusive par plusieurs internautes.
Aspect pratique – livraison
Kodak et le Centre Japonais n’ont qu’un seul mode de livraison : par la poste. Cette approche s’avère coûteuse (2,49 $ et 5 $ respectivement) bien que pratique. Dans le cas du Centre Japonais, les photos commandées le mercredi soir vers 22 h sont arrivées par courrier dans la matinée du vendredi; donc 36 heures plus tard (enfin, un bon coup!). Pour ce qui est de Kodak, la livraison a été effectuée cinq jours ouvrables après la commande.
Future Shop, Wal-Mart, Gosselin et Jean Coutu permettent de choisir le lieu de ramassage parmi leurs succursales; ce que, personnellement, je préfère. Selon la taille de leur réseau respectif, cela signifie, pour ainsi dire, n’importe où au Québec et dans la presque totalité des grands centres au Canada.
Question rapidité, j’ai pu ramasser mes photos chez Future Shop après trois jours ouvrables, chez Jean Coutu après quatre jours ouvrables, chez Gosselin après six jours ouvrables et chez Wal-Mart après sept jours ouvrables.
Prix
Les coûts pour la finition de mes photos chez les différents fournisseurs se divisent en trois catégories allant de « très bonne affaire » à « c’est mieux d’être bon en chien ». Voici les prix pour 10 impressions différentes en format 4 x 6, incluant les taxes applicables.
TRÈS BONNE AFFAIRE
• Wal-Mart = 2,87 $
• Jean Coutu = 4,03 $
• Future Shop = 4,48 $
RAISONNABLE
• Gosselin = 7,93 $
C’EST MIEUX D’ÊTRE BON EN CHIEN
• Centre japonais = 10,34 $
(dont 5 $ pour la livraison)
• Kodak = 11,94 $
(dont 2,49 $ pour la livraison)
Verdict et recommandations
J’ai classifié chaque fournisseur selon un des quatre niveaux de performance suivants pour chacun des sept critères d’analyse : très satisfaisant (3 points), satisfaisant (2 points), passable (1 point), insatisfaisant (rien).
Donc, sur un total possible de 21 points, deux fournisseurs finissent ex-æquo avec 16 points :
Jean Coutu et
Future Shop. Ils sont suivi de près par Kodak, avec 14 points, et les trois derniers ferment la marche avec respectivement 12 point pour Wal-Mart, 10 points pour Gosselin et 8 points pour le Centre Japonais de la Photo.
Toutefois, il faut noter la performance exceptionnelle de
Kodak en ce qui a trait aux critères de qualité; il obtient 10 points sur 12 possible et manque la note parfaite à cause du cadrage seulement. Future Shop et Jean Coutu obtiennent respectivement 9 et 8 points à ce chapitre, tandis que Wal-Mart, Gosselin et le Centre Japonais cotent à 5 points, 4 points et 4 points.
Pour ma part, désormais, la marche à suivre est simple. Lorsque j’aurai un grand nombre de photographies à faire finir pour référence, pour consultation aisée et pour partager avec la famille ou les amis, j’opterai automatiquement pour PJC ou Future Shop. Par contre, les rares fois où je voudrai obtenir un tirage de grande qualité pour encadrement ou pour offrir en cadeau, j’investirai la somme nécessaire et confirai mes épreuves à Kodak; la différence en vaut vraiment la peine.
En espérant que cette analyse maison aura jeté un éclairage utile sur la finition de photo numérique et qu’elle vous aidera à faire des choix judicieux.
Automne 2004
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